lundi 21 mai 2018

Le golf, entre orgueil et préjugés.

Le golf. Le sport vieille Angleterre de prédilection. Réservé à une certaine classe. Ne niez pas, c'est la première chose que vous avez pensé. C'est aussi ce que j'ai pensé avant de le découvrir par une belle matinée de printemps.

Et vous savez quoi ?

C'est vrai. Mais pas que.



Les origines du golf sont assez anciennes, mais le jeu tel qu'on le connaît aujourd'hui se précise en Ecosse dès le Moyen-Âge et son origine élitaire provient du fait qu'il était à ses débuts majoritairement pratiqué par les Francs-Maçons.

Aujourd'hui, s'il reste élitaire, c'est parce que les cotisations en club sont très élevées et pour une bonne raison: un parcours de golf est très onéreux tant à concevoir qu'à entretenir. Il demande une moyenne de 30 à 35 hectares de domaine pour un parcours classique 18 trous, l'intervention d'un architecte, des centaines de mètres cube de terre végétale, des semences de pelouse très fine, un arrosage et une tonte quotidienne, des engrais et herbicides, et une armée de paysagistes pour entretenir tout ça. Sachant que le nombre d'utilisateurs est extrêmement limité pour des raisons de sécurité (une balle peut voler à 220 km/h), les charges à répartir sur le peu d'usagers sont très importantes.

Ajoutons l'héritage de la fameuse "étiquette" anglo-saxonne, et un sport qui est en fait une activité relativement douce donc pouvant être pratiquée dans la seconde partie de la vie d'un sportif, et on obtient l'image d'une activité de vieux bourges blancs élitiste.

MAIS. Dans la plupart des pays occidentaux du moins, on peut assez facilement pratiquer le golf, en fait, sans avoir à intégrer un foutu club privé avec entrée sur présentation de son compte en banque. Les clubs commerciaux sont plus détendus avec l'étiquette et offrent beaucoup d'espaces d'entrainement : le driving-range pour les balles longues (le fameux "swing"), et les puttings pour les balles roulées (le "mini-golf"), et une fois l'autorisation de parcours acquise, on peut facilement réserver de temps en temps un parcours à 2 ou plus pour passer une très belle journée sportive.

Dans ces conditions, le golf n'est pas plus onéreux que l'équitation, le ski, le tennis ou les sports nautiques. Bien sûr, tout ça reste des activités qui ont un certain coût, mais peuvent tout à fait être à la portée de la classe moyenne et pas seulement aux franges ultra-aisées de la population.

En fait, le golf, c'est quoi ?
De ma toute petite expérience de quelques heures hier matin, où j'ai eu l'opportunité de découvrir le splendide golf de la Gruyère (à deux pas de chez moi), je peux vous expliquer les quelques bases que j'ai apprises.

Golf Resort de la Gruyère, Fribourg

De manière très basique, le golf consiste à rentrer une balle depuis un départ donné dans un trou, et ce en la shootant avec un club, le tout avec le moins de coups possible. Il faut savoir qu'il y a plusieurs centaines de mètres entre le départ et le trou. Le ou les premiers coups consistent donc à tirer la balle sur une très longue distance pour la placer au plus près de la zone où se situe le trou, qu'on appelle le green. Ce geste pour tirer au loin s'appelle, donc, le swing. La zone avant cela est tondue mais moins à raz que le green et s'appelle le fairway. Une fois la balle parvenue sur le green, il ne reste qu'à la faire rouler pour la rentrer dans le trou. À chaque étape, on change de club car chacun a sa spécificité, c'est la raison pour laquelle on se ballade avec un sac complet de clubs (que les plus bourges et fainéants font porter par un assistant : le caddy.)

Entre le fairway et le green, on trouve généralement des obstacles qui augmentent la beauté du parcours mais également sa difficulté : les bunkers de sable, les obstacles d'eau de tous genres, mais aussi des rochers, des buissons, etc. Dans le golf, il s'agit de se promener dans la nature, certes, mais dans une nature contrôlée et maîtrisée tout de même.

L'étiquette.
C'est une des composantes du golf que j'apprécie beaucoup. L'étiquette nous provient tout droit du Royaume-Uni et de sa culture que j'aime tant (ce qui explique aussi en partie mon amour du football). Respect des autres et du parcours, tenue vestimentaire imposée (col obligatoire, toile de jean proscrite), téléphones portables interdits... sont à l'ordre du jour, si vous souhaitez fouler le green. En fait, ces règles de bonne conduite et d'équipement spéciaux se retrouvent dans tous les autres sports, mais le golf a choisi de les nommer "étiquette", plutôt que "règlement". So chic!
En revanche, c'est l'un des seuls sport où aucun arbitre n'est présent. D'où l'autorisation de parcours a acquérir en premier lieu, et peut-être une certaine sélection à l'entrée, histoire d'être sûr que les personnes laissées à déambuler librement dans un environnement fragile, et où les balles volent comme des projectiles, sont dignes de confiance.

Non mais c'est pas un vrai sport... !
De cette idée préconçue, j'en suis revenue aussi. Alors, bien sûr, rien à voir avec du triathlon, on est d'accord. Mais quand même. Le geste du swing demande une certaine condition musculaire, en particulier des muscles pectoraux, les deltoïdes, les triceps et la sangle abdominale pour effectuer le mouvement de rotation. Il faut également beaucoup de souplesse sur le haut du corps et de la stabilité dans les talons. Ajoutons à cela environ 8 km marchés en 4 heures pour un parcours moyen. Ce n'est pas du sport extrême, encore une fois, mais tout de même une agréable activité physique dans laquelle on évolue dans de splendides environnements.

Splendides d'accord, mais pas vraiment respectueux de l'environnement.
Héritage des privilégiés d'un autre temps, le golf s'en fout un peu, des conséquences. Les engrais et les désherbants évoqués plus hauts sont déversés par hectolitres sur des surfaces tondues tous les jours ou tous les 2 ou 3 jours selon les zones, par des machines utilisant quantité d'essence. Les parcours sont maintenus bien verts avec des volumes astronomiques d'eau, là où, parfois, cette eau est une denrée rare. Les voiturettes utilisent énormément d'électricité qui ne provient que trop rarement de sources solaires. Enfin, les centaines de milliers de balles en plastique dur qui se perdent dans la nature alentours ou les cours d'eau ne sont jamais ramassées.

Et avec la démocratisation du golf ces dernières décennies, le nombre de licenciés explose tout comme le nombre de parcours, sans que les bonnes questions se posent véritablement. Il existe désormais et depuis un certain temps des balles biodégradables. Bien sûr, elles sont plus chères, mais pour une activité qui se targue d'être associée à la fortune... Tous les clubs devraient être équipés de systèmes photovoltaïques pour leur voiturettes et leurs tondeuses. L'utilisation de l'eau devrait être mise en question systématiquement, jusqu'au renoncement de la construction de certains parcours dans les zones trop arides.

En conclusion, si vous avez envie de découvrir le golf, je ne peux que vous y encourager. C'est vraiment la garantie d'un moment hors du temps, de jeu, de concentration, de dépassement de soi et de relaxation dans la nature. Toutefois, je ne peux que vous encourager également à poser, vous aussi, la question de l'environnement à votre club.


dimanche 8 avril 2018

Je ne suis pas une vraie végane.

Cela fait bien longtemps que je me demande de quelle manière je dois parler de cet aspect de ma vie, que certains d'entre vous ont probablement noté au travers de mes publications sur les réseaux: le véganisme.





D'abord, il m'a fallu m'approprier ce terme, tenter de l'implémenter dans ma vie, en comprendre toutes les implications philosophiques, mais surtout, surtout, accepter mes faiblesses et mes limites.

Ce chemin a commencé il y a environ sept ans, lorsque j'ai arrêté de manger des vaches. Par un bel après-midi dans la lande gruérienne au cours d'une promenade, je suis rentrée dans un pré voir les vaches de plus près, tenter de les caresser. Ce sont de belles bêtes curieuses, paisibles et sensibles. Les génisses étaient un peu effrayées, mais une vache plus âgées m'a laissée l'approcher. Je lui ai gratté le cou et le front, elle a léché mes mains avec son énorme langue râpeuse, et j'ai regardé dans ses yeux et y ai vu une âme. Impossible, impossible pour moi de me dire que je pourrais manger la chair de cet être si doux.

Je n'ai donc plus voulu entendre parler de "bœuf" et autre "veau". J'ai continué de manger de la volaille pendant presque une année, persuadée que 1. les poules c'est un peu bébête (c'est totalement faux) et que 2. l'humain a besoin de viande pour être en bonne santé (c'est totalement faux également, voire le contraire). Il était impossible, dans mon esprit, que l'Homme ait pu construire ses sociétés sur l'exploitation des animaux, sans que ça n'ait été nécessaire, dans l'ordre des choses.

C'est une vidéo qui m'a détrompée, "Si les abattoirs avait des vitres, tout le monde deviendrait végétarien", présentée par Paul MacCartney (la vidéo). J'ai refermé mon ordinateur et j'ai décidé que plus jamais je ne mangerai le corps d'un animal, terrestre ou marin. Depuis six ans maintenant, il n'en a en effet plus jamais été question, et j'ai l'absolue certitude qu'il n'en sera plus jamais question pour le reste de ma vie.

D'abord, ça a été comme une résolution de vie, l'application d'une prise de conscience, quelques pas vers un quotidien plus éthique. Maintenant, je ne me pose même plus la question. Je ne mange pas de viande ou de poisson, point, tout comme je n'envisagerai jamais de manger mes chats ou le chien du voisin. Pour moi il ne s'agit pas de quelque chose de comestible ; un corps, un cadavre, n'est en aucun cas de la nourriture. D'ailleurs quand je vois de la viande, je ne vois pas un plat, je vois les fibres musculaires, la graisse, les os, les tendons et les veines d'un être qui a été vivant. Ça me dégoûte franchement, alors je détourne le regard et respire par la bouche. Parce que, les odeurs, c'est encore pire.

Mon végétarisme est donc une évidence absolue, et, en plus, très facile à vivre au quotidien. On trouve des plats végétariens partout et dans tous les restos, et c'est un concept qui est largement répandu, connu et accepté.

L'étape d'après, le véganisme, c'est une toute autre histoire.
Pour devenir végétarien, on se documente un peu et on tombe très vite sur des informations relatives au végétalisme et tous ses attraits. Tout comme j'ai appris que le bonheur n'est pas dans le pré pour les animaux élevés pour leur viande, j'ai aussi appris qu'il l'est sans doute encore moins pour les animaux exploités pour les autres "produits animaux", les plus connus étant les œufs de poules et les produits laitiers, principalement de vaches. Et puis la préservation de l'eau douce, des forêts, de l'atmosphère. Et puis la solidarité avec des peuples dépouillés de leur nourriture pour que celle-ci servent à engraisser le bétail des riches occidentaux... Et puis le bouddhisme et le respect du vivant, et ma santé et ma forme physique.

Sur le papier, c'est fantastique. J'ai découvert la multiplicité des laits végétaux, la cuisine à la crème d'avoine ou au au lait de coco, le tempeh, le tofu, le seitan, les graines de lupin, le psyllium et l'extraordinaire richesse de l'alimentation végétale, traditionnellement orientée vers le vivant, donc le biologique, le cru, le diététique.

Que de belles choses.
Sauf que je reste, aujourd'hui encore, accro au fromage comme un junkie est accro à son héroïne, et que je ne décroche pas. Et que, même - et ça a sans doute été le plus difficile à admettre pour moi - je n'ai pas envie de "décrocher". Pendant des années, je me suis dit qu'il me fallait du temps, que je pouvais m'autoriser à y aller doucement, que le mois prochain, terminé plus jamais aucun produit interdit ne passerait mon œsophage. Il y a eu des périodes où j'étais très sérieuse, et des périodes où je me disais "oui mais ma belle-mère a fait ce gâteau avec amour". Pour mon plus grand malheur, passer d'ovo-lacto végétarienne à végétalienne n'a jamais été le fait d'une évidence, d'un déclic, d'un dégoût.

Et pour mon plus grand malheur également, les fois où j'a sérieusement essayé, j'ai été confrontée à tellement d'agressivité et de rejet, que j'ai prié très fort à maintes occasions, à table, pour qu'on ne me pose pas de questions sur le contenu de mon assiette. Se présenter comme végan, ça secoue tellement fort les carnistes jusque dans les fondements de leurs croyances d'êtres supérieurs, tout au sommet de la chaîne alimentaire, que les réactions peuvent être ultra-violentes. J'ai perdu ma meilleure amie. Oui oui, vous me lisez bien. Et j'ai failli couper les ponts avec une partie de ma famille aussi, avec qui les relations restent tendues. Je suis toujours la pénible, la bizarre, l’extrémiste, l'ennuyeuse, et, depuis quelques temps, la bobo qui suit la mode.

J'avoue, j'ai un peu envie de casser les dents à ceux qui déclament ça. Essayez une semaine, on verra si c'est qu'un effet de mode.

C'est vrai, je suis faible. Faible parce qu'une dizaine de fois par an, je mange un plat de fromage entre amis ou en famille, et que j'apprécie pour une fois de ne pas être celle qui crée le malaise parce que tout le monde dit "hum c'est bon - et toi, Marilyn, ça va c'est bon ce que tu manges ?" sur un ton un peu gêné. J'apprécie de pouvoir partager la même nourriture que tout le monde et partager mes ressentis sur ce qu'il y a sous mon palais. J'apprécie la convivialité. J'apprécie ne pas manger trois bouts de légumes à la vapeur pour 25 balles dans un resto parce que les cuistos me détestent.

Je suis faible parce que je n'arrive pas tout le temps à me battre, contre les préjugés, la méconnaissance, les sensibilités personnelles heurtées. Je suis faible parce qu'au milieu d'une tablée de dix personnes, pendant la phase d'interrogatoire systématique (- Ah mais t'es... beurk, végane ! - Non mais tu sais qu'on doit manger de la viande, quand même ? - Tu te rends compte que tu vas avoir de l'ostéoporose si tu manges pas de produits laitiers ?), j'essaie d'arrondir les angles, changer de sujet, apaiser les esprits plutôt que de me lancer dans un exposé inutile avec chiffres à l'appui sur la condition animale, la pollution de la filière viande et la déforestation en Amazonie pour l'alimentation du bétail. J'essaie plutôt de manger tant que mon plat est encore chaud et d'ignorer les regards de haine qu'on me lance souvent.

Peut-être que vous, amis parisiens, berlinois ou même lausannois penseront que j'exagère. En fait, je vis dans le district de la Gruyère, canton de Fribourg, Suisse. La réponse est dans l'énoncé. J'aurais bien envie d'invoquer l'expression "bande de pagus sous-éduqués", mais ce serait faire des généralités, et les généralités, j'en souffre, alors essayons d'être au-dessus de tout ça.

En conclusion, si j'arrive à en parler maintenant, c'est parce que j'ai fait la paix avec mon alimentation et mes prises de position. Je ne dois rien à personne, pour commencer, et je fais ce que je veux, pour continuer. Aux végans, j'arrive aujourd'hui à dire que oui, je fais des écarts, donc non je ne suis pas une "vraie", mais vous avez tout mon soutien, oui je suis incohérente, désolée je fais de mon mieux. Et puis aux carnistes, j'arrive à les regarder en face, (surtout ma famille, c'est le plus dur) et leur dire, non, je ne mangerai pas de gratin dauphinois, oui j'ai mangé de la fondue le mois passé mais je veux encore choisir précisément le nombre d'écarts que je fais et leurs circonstances.

J'ai conscience que ce statut "cul-entre-deux-chaises" me vaut le qualificatif d'emmerdeuse. Scoop : quoi qu'on fasse on est l'emmerdeur de quelqu'un. Alors, peut-être, autant faire ce qui nous convient le mieux plutôt que d'essayer vainement de plaire à son entourage.






vendredi 30 mars 2018

Auteure VS Autrice

Depuis une dizaine d'années et même plus, on observe la féminisation inéluctable des titres auparavant uniquement masculins tels que procureur, ministre, professeur et bien sûr, le sujet qui m'intéresse le plus, le mot auteur.



Un peu d'histoire
L'Académie française, vénérable institution garde-fou de la langue française, unique au monde et admirable à bien des égards (et néanmoins amplement critiquable également), condamne la féminisation de ces titres, féminisation qui a dû se populariser dans d'autres coins francophones du monde que la France, tels que le Québec ou la Suisse. L'Académie se défend en indiquant que ces formes que l'on appelle "masculines", ne le sont pas mais sont la forme neutre de la langue française.

Mouai. N'empêche qu'avant l'intervention de cet ultra-misogyne de Richelieu (qui a fondé l'Académie française), des titres tels que philosophesse et médécienne, aujourd'hui tombés en désuétude, ont été purement et simplement radiés de la langue française par décret du Cardinal. C'est également à cette époque que la règle d'accord en genre selon la proximité a été abolie en faveur de la règle selon laquelle "le masculin l'emporte".

Ex. "Le garçon et les vingt fille étaient radieux" plutôt que "Le garçon et les vingt filles étaient radieuses" => "filles" étant dans la phrase le plus proche de l'adjectif à accorder.

Pour cela encore, l'Académie défend son obscurantisme en invoquant de nouveau le troisième genre "neutre". Qui est comme le masculin. C'est pratique.

L’Ère de la parité
N'empêche qu'aujourd'hui, ce discours ne passe plus, et au Québec comme en Suisse romande, la féminisation des titres a été adoptée à un niveau étatique.
Cette impulsion de l'ensemble du monde francophone est un mouvement nécessaire dans la parité hommes-femmes, pour la reconnaissance de ces dernières dans des rôles, qui, plus que des métiers, sont des définitions d'un individu au niveau du jeu sociétal notamment.

Cette première question résolue, qui balaie d'un revers de main les récriminations du type "stop à la féminisation outrancière des mots", il est intéressant de se préoccuper du comment, puisque les francophones sont divisés à ce sujet. On ne se pose pas de question pour les titres qui ont déjà un E à la fin, comme ministre ou philosophe. Ils resteront probablement tels quels et ça ne me pose pas de problème.

Le terme fil conducteur de cette analyse et exemple de ces divisions est le mot auteur, féminisé sous les formes auteure ou autrice.

Le premier semble naturel et à remporté haut-la-main le sondage que j'ai soumis la semaine passée sur ma page Facebook : il a été plébiscité à 81% des voix. Tout comme professeure ou procureure, il féminise discrètement, ne demande pas d'apprentissage auditif d'un ensemble de syllabes inconnus, ne rallonge pas le mot initial comme professoresse pourrait le faire, bref, il remplit son rôle sans trop déranger.

C'est pour cela que je l'adopte également : il a toutes ses chances de gagner la bataille contre l'Académie française en étant utilisé par le plus grand nombre de manière naturelle et presque inconsciente ; c'est déjà ce que l'on observe dans tous les milieux littéraires. Pour moi, peu importe le moyen, seule la finalité compte. On a bien adopté professeure et procureure pour les mêmes raisons, alors que ces formes ne répondent pas à la règle de féminisation des mots en -eur, qui est -euse (comme chanteur/chanteuse, danseur/danseuse, footballeur/footballeuse.)

Parlons-en des règles classiques de féminisation des suffixes. Selon la règle, les mots en -teur se féminisent en -trice : acteur/actrice, aviateur/aviatrice, instituteur/institutrice, instigateur/instigatrice, compositeur/compositrice... Et d'ailleurs, le mot autrice existe depuis le XVIe siècle, oui oui Mesdames Messieurs, avant l'intervention de ce frustré de Richelieu. Ce mot aurait toute sa place, bien sûr, et a été plébiscité à 19% des voix dans mon sondage. Toutefois, le problème principal que cette forme rencontre, c'est que le mot initial est méconnaissable. Auteur ne comporte en effet qu'un seul phonème avant son suffixe -teur : le son O. Difficile sur cette maigre base d'identifier qu'il s'agit du même mot sous sa déclinaison féminine, alors que le mot acteur, avec le même nombre de lettres pourtant que auteur, comporte deux phonèmes avant son suffixe : les sons A et K. C'est sans doute pour cette raison que le féminin actrice n'a pas rencontré de résistance.

Le mot de la fin sera en mémoire des auteuresse, autoresse et autre auteuse, qui n'auront pas vécu longtemps, allongeant le mot d'origine (on est dans l'ère du rapide et productif, faut pas déconner non plus) ou ne respectant pas la règle de féminisation du suffixe (quitte à changer la sonorité de base, autant le faire proprement). Amen.

Et vous ? Vous êtes pour quel mot ? Auteure, autrice ? Dites-le moi en commentaire !




samedi 17 mars 2018

Salon du livre romand de Fribourg : mon expérience d'auteure !



Bon mais, le Salon du livre romand, cette année, je l'ai surtout vécu comme auteure. Et la tradition sur mon blog, c'est que j'écrive un billet sur les salons auxquels je participe en tant qu'auteure.

Donc, après le billet sur les origines de cet événement qui ont quelque peu à voir avec mon cerveau, je vous parle de l'ambiance du salon qui s'est tenu dans la "cathédrale du livre fribourgeois". C'est un peu vrai quand même :

C'est beau, n'est-ce pas ?

Je vous rassure, pendant le week-end des 3 et 4 mars passés, c'était bien plus animé et lumineux. Comme dans tous les salons prestigieux auxquels j'ai eu la chance de participer, aux heures de pointe, on se bousculait dans les allées.

Et puis je dois l'avouer, être entourée de tellement de bouquins pendant deux jours, ça a un côté magique. Pour notre part, Tiffany (Schneuwly - mais dois-je encore la présenter ? -) et moi étions dans la section germanique, mais le nom de Jojo Moyes, même au-dessus d'un titre incompréhensible pour moi (j'ai des bases très... basiques, en allemand), m'a tenu compagnie.



Au-delà de la rencontre avec les lecteurs, ce salon était comme les autres rendez-vous romands : l'occasion de nous retrouver entre auteurs, nous qui restons souvent dans notre coin tout au lonng de l'année. J'ai craqué sur la trilogie de Jean-Pascal Ansermet et son personnage Aristote (L'histoire d'un CHAT! C'était couru d'avance...), et c'était l'occasion de revoir notre ami Fabrice Pittet, auteur de Fantasy qui est de toutes les manifestations.


J'ai également revu avec émotion l'adorable Jasmine, éditrice des éditions d'En Bas, et mes amies auteures Marie Christine Horn et Mélanie Chappuis, et eu l'occasion de faire enfin plus ample connaissance avec une très belle personne, Manuela Ackermann-Repond.



Au final, un week-en vraiment sympa, rempli de nouvelles rencontres (une autre Manuela, Manuela Nathan de la web TV Reportage Suisse Romande), Christian, responsable éditeurs de la nouvelle équipe des organisateurs, Amélie Hanser, auteure de Fantasy young adult...

Et le plus beau ? Je me la suis coulée douce pendant deux jours 😋

mardi 6 mars 2018

Et un 4e roman !

Un manoir anglais, des pouvoirs, des immortels vieux de plusieurs siècles, une passion amoureuse et une oligarchie secrète...

Ce soir, j'ai envoyé mon dernier roman à deux éditeurs potentiels.
La Clef de cuivre, tome 1 du cycle Evolution, est en fait le tout premier roman que j'ai écrit. Il m'aura fallu presque 10 ans pour qu'il soit abouti comme je le voulais.

Roman d'aventure, initiatique et fantastique, son héroïne est une jeune femme de 21 ans, qui, un soir brumeux, alors qu'elle tente de défendre un jeune garçon, frôle la mort et est sauvée par un homme mystérieux qui la retient dans son manoir... Elle va alors apprendre qui elle est vraiment, comprendre ses origines et, surtout, découvrir que le monde est mené par des Immortels...

J'y parle de la famille, de dépassement de soi, de passion amoureuse, d'oligarchie secrète et de nature humaine.

Croisez les doigts pour moi !


Les salons doivent-ils rémunérer les auteurs ?

Comme suite à mon article d'hier sur mon expérience de  fondatrice et présidente d'un salon du livre, où je parle également de mon expérience d'éditrice, et en tant qu'écrivaine qui souhaite promouvoir ses livres, je me permets de secouer le cocotier et donner mon avis sur un débat d'actualité, qui se ravive ces jours autour de Livre Paris (Le #PayeTonAuteur)

Les salons littéraires doivent-ils payer les auteurs pour leurs interventions dans le programme ?

Avec les différentes casquettes que j'ai enfilées, même à échelle modeste, je crois pouvoir entrevoir les divers points de vue.

La première chose à prendre en compte est : qui est l'organisateur ?

Il est capital de comprendre qui est derrière une manifestation littéraire avant d'avoir des exigences, je crois.

Dans le cas de Livre Paris, qui est aujourd'hui au cœur de la tourmente, il s'agit d'une société SAS en collaboration avec un syndicat. Les syndicats sont des associations à but non lucratif, en revanche, une société par actions simplifiée, ici Reed Expositions France, a pour vocation de faire de l'argent. Il est donc légitime de questionner toute prise de position en faveur d'un quelconque bénéfice net : dans la poche de qui l'argent atterrit, au final ?

Je comprends que les auteurs puissent se sentir exploités dans pareil cas et demandent des comptes.

Seulement, la plupart du temps, l'organisateur d'un salon littéraire est une association (Le Livre sur les Quais, Le Salon du livre romand), une fondation (Le Salon du livre de Genève) ou le département culturel d'une commune (Lire en Poche, Les Imaginales). Dans ces cas-là, de nombreuses personnes travaillent bénévolement à la mise sur pieds de la manifestation, et, le plus important, personne n'encaisse de bénéfices.
Il faut bien se rendre compte que, peu importe la taille de la manifestation, boucler les comptes en noir est un jeu d'équilibriste de tous les instants. J'espère que les auteurs peuvent alors comprendre qu'ils pourraient, eux aussi, apporter leur pierre à l'édifice.

D'un autre côté, peut-être que les plus grosses organisations pourraient tenter de prévoir dans leur budget un petit pécule pour les auteurs qui interviennent sur scène, quitte à couper dans le programme, dans la communication ou sur d'autres postes. Mais alors, peut-être que le public viendrait moins nombreux, que les ventes seraient alors moins bonnes et les éditeurs moins enclins à investir ? Ou bien pas, ou bien il ne s'agit que d'une habitude à prendre. Je ne sais pas, de nombreuses questions se posent.

Tout n'est pas si simple, il n'y a pas d'un côté les gentils auteurs et de l'autre les méchants organisateurs de salons, et  il devient urgent d'entamer un dialogue argumenté réunissant tout le monde.

Divers axes de réflexion sont à prendre en compte, et dans un monde idéal, les organisateurs, éditeurs, auteurs et même libraires se réuniraient pour trouver des compromis. Beaucoup d'autres professions l'ont fait lorsque des dissensions sont apparues.

Je profite de ce billet pour exprimer mon avis sur la question.

1. Il faut bien distinguer l'invitation personnelle de la part du salon, et l'invitation de la part de son éditeur ou autre exposant. Dans ce dernier cas, le défraiement de l'auteur devrait incomber à ce dernier. Si intervention dans le programme il y a, en revanche, une rémunération éventuelle est du ressort du salon, qui est lui en charge de la programmation.

2. Il faut également distinguer les types d'interventions sur scène qui peuvent être demandées. Peut-être que certains bondiront, mais je considère moi aussi, comme pas mal d'organisateurs, qu'une table ronde s'apparente bien plus à une interview qu'à une performance. La participation à une table ronde ne demande effectivement aucune préparation, en tout cas selon mon expérience. Personne n'imaginerait être rémunéré pour donner une interview, n'est-ce pas ? Il s'agit effectivement d'une mise en lumière par médiatisation.
D'un autre côté, les conférences, lectures publiques avec ou sans mise en scène, les actions de théâtre, les débats publics, etc. sont, eux, des performances qui demandent du travail. Je pense sincèrement qu'ils méritent une rémunération, si par miracle l'organisateur en a les moyens.

3. Je parlais plus haut de couper dans d'autres postes du budget pour essayer de rémunérer les auteurs intervenants. Dans ce cas-là ceux-ci deviendraient des salariés ou des mandataires. Lorsque vous effectuez un mandat ou une journée de travail, vous attendez-vous à ce que votre employeur ou mandant vous paie votre aller et retour, vos divers frais de bouche et une soirée festive ? Or, les auteurs sont toujours bien reçus dans les salons, on leur amène leur café, leur dévisse le bouchon de leur bouteille d'eau, leur offre une invitation au restaurant et, pour les meilleurs d'entre eux, une invitation à une très belle soirée de gala (de mon expérience personnelle : Lire en Poche et le Salon de Genève). Alors, que préférez-vous, amis auteurs ?

Bon. je forcis le trait, c'est vrai. Mais je crois que j'essaie de mettre un peu les choses en perspective pour tous les concernés.

Et surtout, par pitié... OUVREZ LE DIALOGUE (ça vaut pour tout le monde).

lundi 5 mars 2018

Salon du livre romand : mon expérience de fondatrice.

Ce billet sera probablement une lettre ouverte, si on doit le définir. Une lettre ouverte à mes détracteurs en premier, mais aussi à celles et ceux qui m'ont soutenue. Cette lettre va être sans langue de bois. Je n'ai plus d'image à tenter de défendre, je crois que je peux enfin tout dire.

Je vais vous parler de la naissance du Salon du livre romand.

L'origine de cette prise de parole, c'est une critique assassine de la journaliste Christine Gonzalez évoquant la 4e édition du Salon du livre romand dans l'émission Vertigo sur la Première (en lien ici). Bien sûr, je me suis sentie visée personnellement, mais s'il ne s'était agi que de moi, je n'aurais pas ressenti le besoin de prendre la parole. C'est parce qu'il y a eu beaucoup de monde impliqué dans l'aventure depuis son commencement que je m'exprime, pas comme justification, mais comme information, pour Mme Gonzalez et pour tous les autres détracteurs.

Petit historique : j'étais éditrice en 2013. L'aventure a duré 3 ans (c'est une autre histoire). Bien sûr, je cherchais le moyen de promouvoir mon tout jeune catalogue, selon ce que je connais des méthodes françaises (la France foisonne de salons, de toutes les tailles). Parce que oui, je suis française, et ça ne fait que 8 ans aujourd'hui que je vis dans le canton de Fribourg, ça faisait seulement 3 ans à l'époque.

Cela a fait mon bonheur et mon malheur.
Mon bonheur, parce que ne connaissant pas véritablement le paysage culturel romand et plus particulièrement fribourgeois, j'étais totalement ignorante et donc inconsciente. Ajoutez à cela l'inconscience de la jeunesse... Et je me suis lancée. Si j'avais su avant ce que qui m'attendait, je ne l'aurais pas instigué, ce salon, c'est une certitude que j'ai maintenant.

Cela a également été mon malheur, parce que ce que je croyais innocemment être l'intérêt de tous, la promotion d'une culture extraordinairement riche que j'ai été agréablement surprise de découvrir, n'est peut-être dans ses plus sombres aspects qu'une histoire de copinage et de petite mafia élitiste. Soit vous en êtes, et le tapis rouge se déroule devant vous, soit vous n'en êtes pas, et vous la fermez.

Je me suis tout de même rapidement aperçue du panier de crabe dans lequel j'avais mis les pieds, innocente, mais un peu perspicace, tout de même, je crois. Mais il était trop tard, la machine était lancée, et j'essaie de mon mieux de finir ce que j'ai commencé et aller au bout de mes engagements. Et puis je suis un peu dissidente et provocatrice. Et puis il s'avère que j'ai rapidement trouvé des alliés rebelles qui n'aimaient pas vraiment non plus cette espèce d'oligarchie de la culture.

Pourquoi était-il trop tard ? Voilà comment ça s'est passé. J'ai écrit en automne 2013 un email à l'ASDEL et d'autres acteurs du livre que je connaissais, en demandant expressément de diffuser l'information au plus large nombre de concernés potentiels. J'y annonçais la création du salon et l'assemblée constitutive de l'association. L'ASDEL, très réactive, a répandu la bonne parole et quelques jours plus tard, je recevais le téléphone surprise d'un journaliste de la RTS, alors même que rien n'était officiel. J'avais deux choix : décliner l'interview et me passer d'une communication dont j'avais cruellement besoin, ou bien me lancer sans possibilité de revenir en arrière. J'ai eu une seconde et demie pour prendre cette décision, j'ai sauté.

La presse s'emballait, tout le monde en parlait, mais... personne n'est venu à l'assemblée constitutive. Nous avons démarré, mon merveilleux mari et moi. Nous deux, c'est tout. Ensuite, l'Espace Gruyère nous a encouragés et soutenus, celle qui est devenue grâce à cette aventure ma meilleure amie, Tiffany Schneuwly aussi, et puis les premiers éditeurs, les rebelles, les curieux, se sont inscrits. C'était parti.

Je n'ai jamais parlé publiquement de chiffres auparavant, parce que les gens, les médias surtout, jugent un livre à sa couverture (belle métaphore, hein ?). Un événement avec un budget aussi ridicule que le nôtre (quelques 5000.- pour la 1ère édition) aurait été balayé. Il fallait donc laisser à penser que nous avions tout de même quelques moyens. Pour cela j'ai travaillé. Comme une acharnée. Et je n'ai pas de retenue à le dire maintenant, j'ai reçu de l'aide, mais rien en comparaison de la colossale masse de travail que j'ai abattue. Les journées de 15 heures s'enchaînaient et même si je ne connaissais rien au graphisme, pas grand chose au marketing digital ou à la communication, à la comptabilité et aux normes de sécurité d'une manifestation publique, au fait de répondre à la presse et même à la tenue d'une association, j'a appris, sur le tas. Pas le choix. Je ne pouvais payer personne.

Mais il y avait des éditeurs et des auteurs qui le voulaient, ce salon, alors j'y ai mis toute mon énergie. Je cite l'Âge d'Homme, Cabédita, Eclectica, l'association vaudoise des Ecrivains, la Société Fribourgeoise des Ecrivains, et des auteurs comme Katja Lasan, Marianne Schneeberger, Georges Pop, Marie Christine Horn, Mélanie Chappuis, Pierre-Yves Lador, Alain-Jacques Tornare, qui étaient là dès le début et sont revenus chaque année, et pardon pour ceux que j'oublie de citer, il y en a encore beaucoup.

Les premières critiques, dures à encaisser. Je ne parle pas des remarques constructives qui sont bienveillantes par essence, je parle du premier venu qui ne sait rien de ce qu'il juge, mais qui le fait, en exigeant qu'on le serve correctement. Mais j'ai toujours gardé le silence ou répondu poliment. Ou alors une fois ou deux mon mari m'envoyait boire une bière pour me calmer et répondait à ma place. Quand bien même. Les gens sont venus, les premiers éditeurs ont tous bien vendu, et même si c'était les balbutiements, ce petit événement sympathique, convivial, populaire, était prometteur. Il fallait continuer.

L'année suivante, le budget était toujours ridicule mais un tout petit peu moins (7000.- environ), plus de monde s'est inscrit, plus de visiteurs ont parcouru les allées, et la presse, très généralement généreuse et bienveillante, a toujours été de la partie.

Malheureusement, nous arrivions dans un cul de sac, je le savais. Même si le comité s'était agrandi entre-temps (Tiffany, Elvire Küenzi) et que j'ai reçu beaucoup plus d'aide, j'arrivais au bout de mes forces. Je suis une étrangère. Jeune. Et une femme qui plus est. On peut dire ce qu'on veut, ça fait qu'on a le vent de face et pas dans le dos. Je n'avais aucun réseau et beaucoup m'avaient déjà prise en grippe pour avoir eu l'impudence de me mettre en avant. Enfin c'est ce que j'imagine, peut-être que je me trompe. Ce n'était pas une partie de plaisir, mais il fallait bien le porter, ce salon, il fallait bien une figure de proue, même si j'étais terriblement maladroite.

Personne ne le sait sauf le comité, mais j'avais décidé d'arrêter là. Je n'avais plus de vie de couple (heureusement que nous n'avons pas d'enfants), plus de loisirs, plus assez d'heures de sommeil.
C'est à ce moment que Charly Veuthey est arrivé. Il voulait s'impliquer, mais pour cela il fallait rapatrier le salon à Fribourg. Ça a été un véritable crève-cœur de quitter Espace Gruyère, des partenaires merveilleux, et cette si jolie salle en bois avec vue sur les montagnes. Mais de toute façon, il n'y aurait jamais eu de 3e édition à Bulle...

3e édition, donc... C'était une année de transition vers la nouvelle présidence de Charly Veuthey, qui a sauvé le salon et plus encore. Nous le savions au comité, mais l'information est restée confidentielle jusqu'au dernier moment. Des partenaires tels que la librairie Albert-le-Grand, et sa fantastique Dominique, le Train Bleu, Demain la Gruyère, L'association cantonale des Bibliothèques, la BCU (et encore pardon pour ceux que j'oublie), nous ont rejoints et ont donné une autre dimension à la manifestation. Charly a œuvré à nous présenter ces partenaires et préparer le terrain pour la nouvelle ère à venir. Que dire de ces dizaines d'événements qui ont ponctué ces deux jours en novembre 2016, et qui ont tous trouvé leur public ? Des 140 auteurs présents, de la 20aine d'éditeurs, des quelques 2000 personnes qui ont fait le déplacement ?

Oui, avec un budget (Ô miracle) de quelques 10'000.- francs, 4 bénévoles, le travail d'un comité de 5 membres, cette édition n'était pas parfaite, certes, mais bon sang, elle n'était pas ratée (immersion vidéo dans le salon, et c'était une heure creuse). Oui, j'aurais adoré avoir les moyens de faire imprimer des librettos et des bâches à accrocher dans toute la ville. J'aurais adoré avoir un réseau dans la presse qui nous permettrait plus que cinq ou six articles et interviewes, j'aurais adoré pouvoir compter sur des dizaines de bénévoles et pouvoir défrayer les intervenants. Et pour ça, j'aurais aimé que le salon ait des subventions à la hauteur des autres manifestations. Mais ce n'était pas possible, et je peux en comprendre les raisons (moi jeune, étrangère, dissidente et maladroite), et je remercie sincèrement les villes de Bulle et Fribourg pour la contribution qu'elles ont déjà bien voulu nous apporter.

La vérité, c'est que malgré ce si maigre budget, le salon du livre romand 2016 à Fribourg a eu lieu parce que beaucoup, beaucoup de personnes se sont démenées pour le faire vivre. Les intervenants qui sont venus bénévolement, les éditeurs qui ont investi pas mal d'argent pour faire venir leurs auteurs, la librairie Albert-le-Grand qui a monté un programme 5 étoiles, les quelques bénévoles, les partenaires, et bien sûr, le comité.

Alors, non, il ne s'agissait plus que de moi. Il s'agissait de toute une communauté, et c'est pour ça que je prends la parole maintenant contre ces critiques, que, si je peux me permettre, je trouve un peu hâtives. D'ailleurs Madame Gonzalez, je vous remercie infiniment pour avoir, vous aussi, contribué à la 3e édition du Salon, en animant le grand entretien avec Metin Arditi (vidéo). Merci, et merci aussi d'avoir parlé de la 4e édition du Salon du livre romand, même avec ce ton moqueur pour tout ce qui a été fait avant cela.

Je poursuis ce billet en répondant à trois questions qui sont venues régulièrement, et auxquelles Charly a apporté sa réponse, mais pas encore moi, alors que j'ai fait les choix qui en sont à l'origine.

1. Pourquoi le salon du livre romand ? (Sous-entendu, est-ce que ce n'est pas faire preuve de nationalisme crasse ?)
J'ai une autre question à soulever en réaction : pourquoi est-il bon de soutenir l'agriculture locale, le commerce local, l'artisanat local, et pas la culture locale ? Mon point de vue, c'est qu'on a encore de la peine à associer l'argent, perçu souvent comme sulfureux, avec l'art et la culture en général, activités si pures et si détachées de toute considérations matérielles. Peut-être. Je ne sais pas. C'est une idée. Quoiqu'il en soit, les acteurs du livre ont besoin de vivre, et il serait bien que dans la plupart des librairies romandes, il y ait plus qu'une seule étagère consacrée aux œuvres du cru.

2. N'y a-t-il pas trop de manifestations autour du livre ?
Tout le monde ne se déplace pas sur l'arc lémanique. Tout simplement. Les grands lecteurs et les professionnels du livre, oui, mais pas les autres, et la Romandie est tout de même vaste, c'est 2'100'000 personnes environ et plusieurs heures de route pour la parcourir du Nord au Sud et d'Est en Ouest. Si l'on compte 90'000 visiteurs au Salon de Genève, 40'000 visiteurs au Livre sur les Quais et environ 20'000 visiteurs pour toutes les autres petites manifestations réunies, 150'000 personnes fréquentent les manifestations littéraires.
Si l'on ôte de la population 20% de jeunes enfants et seniors pas encore ou plus en âge de lire (à cause de leur condition physiologique) il reste plus d'1 million 500 mille visiteurs potentiels à conquérir.
Ne trouvez-vous pas que jouer la carte de la proximité et de la diversification de l'offre est une bonne idée ?

3. Envisagez-vous sérieusement de faire concurrence aux poids lourds que sont les manifestations de Morges et de Genève ?
Bien sûr ! Non je déconne. Non. Evidemment non. Pour les raisons citées juste au-dessus, il y a de la place pour tout le monde, et d'autre part, nous adorons tous le Salon de Genève et le Livre sur les Quais. Il n'a jamais été question de concurrence, mais de compléter l'offre.
D'ailleurs, nous avions contacté la Fondation pour l'Ecrit afin de leur expliquer notre démarche, leur exprimer notre admiration et leur offrir toute forme de collaboration qu'ils pourraient souhaiter. Nous n'avons jamais eu de réponse.


Je termine ce long écrit pour vous dire que, si je ne sais pas si je suis fière d'avoir fait ce que j'ai fait, j'ai en tout cas le sentiment du devoir accompli qui m'a certes valu un burn out (pour de vrai), mais m'a fait rencontrer de merveilleuses personnes et me laisse des souvenirs impérissables. Un livre co-rédigé est né à la première édition du Salon. Deux auteures sélectionnées pour notre concours de nouvelles ont poursuivi l'aventure et ont publié des romans. Michel Simonet, Pierrick Destraz et Patrick Dujany ont participé à leur premier salon littéraire à Bulle. De nombreux auteurs ont élargi leur lectorat. De nombreux verres ont été entrechoqués pour célébrer le fait d'être ensemble, tout simplement...

Alors merci, merci d'avoir été là, merci d'en avoir parlé, merci d'être revenu.

Et rendez-vous pour la 5e !

www.salondulivreromand.ch






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